aires marines protégées- la concertation

Les composantes et connaissances issues d’une Aire Marine protégée

Article n°3/3

Voir l’Article N°1

Voir l’Article N°2


Interview de Philippe ROBERT

Actuellement : Consultant international / philmer83@gmail.com

Relecture  : Philippe ROBERT / illustrationsle Parc National de Port Cros


SOMMAIRE:

Une Aire Marine Protégée c’est une cathédrale, une école, une banque et un laboratoire !
Savoir protéger, l’exemple de Port Cros
Les bio-indicateurs
La Concertation, la clé de tout
L’importance de la communication
Conclusion


Résumé:

Une aire marine protégée est comme une cathédrale un lieu qui doit inspirer le respect et dans ce cas celui de la biodiversité. Mai s c’est aussi une banque, un laboratoire et une école !

Mais il faut savoir ce qu’on veut protéger et pourquoi le protéger ?

La connaissance des organismes et en particulier des bioindicateurs est là pour suivre le résultat des actions engagées

 


Une Aire Marine Protégée , c’est une cathédrale, une banque, un laboratoire et une école !

Que diriez vous à quelqu’un qui vous demanderait ce qu’est une aire marine protégée ?
Et bien Philippe ROBERT a une réponse imagée qui nous fait tout comprendre :

« « Une aire marine protégée est une cathédrale, une banque, un laboratoire et une école ». ».

Vraiment ? Ah bon ! Et pourquoi ?
Certainement pour le respect que doivent nous inspirer l’une et l’autre !
D’abord une telle zone délimitée protégée a au moins trois fonctions :

  • celle de protéger et maintenir le patrimoine biologique ce qui en soit est une tâche noble mais il faut avoir des connaissances des écosystèmes et de leurs composants
  • celle d’être une école où chacun peut apprendre « la Nature » pour mieux la respecter ensuite.
  • la fonction de zone de recherche ; les scientifiques peuvent mener des études dans un lieu qui est exempt des pressions humaines les plus délétères ou de toute pression anthropique, comme pour une réserve intégrale telle que l’Île de Bagaud en face du littoral du Sud de la France.

Une cathédrale est respectable et on s’y comporte différemment par le respect qu’elle inspire, aussi en tant que lieu représentatif d’une valeur voisine du sacré. Il doit en être de même d’une Aire Marine Protégée qui héberge des trésors biologiques à différents niveaux d’étude : du gène aux écosystèmes et paysages créés, et où on adopte en y pénétrant une attitude de plus grand respect de l’espace où l’on se trouve.

Savoir protéger, l’exemple de Port Cros

Au delà de cette image, des composantes à chaque fois similaires caractérisent la création et la gestion d’une aire marine protégée quel que soit son statut juridique (cf article n°1) :

Il faut savoir ce qu’on veut protéger et pourquoi le protéger ?

1. Cela peut être pour préserver des espèces en voie de disparition ou menacées d’extinction imminente comme ce fut le cas de Port Cros et du Mérou qui était abondamment chassé et pêché jusqu’à disparaître presque complètement de l’ïle. Aujourd’hui, grâce à un moratoire, il est réapparu et on peut contempler la présence de nombreux spécimens en plongée, avec un comportement non craintif dit « non fuyant » et même « placide » parfois pour les plus jeunes individus

connaissances des aires marines protégées -Les mérous à Porquerolles

Seuls les jeunes mérous qui n’ont pas connu l’homme et la chasse ont un comportement non fuyant

 

2. On peut vouloir protéger des habitats qui se dégradent ou disparaissent ailleurs. C’est le cas de l’herbier de Posidonie qu’on appelle écosystème ingénieur car il est à la base du fonctionnement d’autres écosystèmes par exportation de feuilles mortes. Ces feuilles vont vers les fonds par exemple ce qui constitue la base d’un nouveau réseau trophique (réseau alimentaire) et la présence d’autres espèces qu’on dit détritivores. Ces nouveaux écosystèmes sont situés dans ce cas en deçà des 40 m de profondeur, là ou l’herbier disparaît, faute de suffisamment de lumière pour la photosynthèse.

 

3. C’est aussi par intérêt scientifique, pour étudier des espèces dans un milieu non perturbé. Il faut savoir, nous dit Philippe ROBERT, que :

la majorité voire l’unanimité des connaissances sur l’Oursin, la Posidonie, la grande Nacre et le Mérou et depuis peu le Corb ont été acquises au sein du Parc National de Port Cros.
Sans parler du savoir faire de gestion qui s’exporte dans le monde entier depuis de nombreuses années et dont la dynamique est toujours autant présente. C’est le rôle de laboratoire et d’école !

 

Les bio-indicateurs

Ainsi, il faut apprendre et étudier les espèces comme celles que nous venons de voir pour les utiliser en temps qu’indicateur de l’état de santé du milieu.

connaissances des aires marines protégées- les bio-indicateurs

Les bio-indicateurs sont utiles pour savoir si les objectifs initiaux de conservation et protection ont bien été atteints

Ainsi la présence de la Nacre témoigne d’une zone sans mouillage par ancre.
Un herbier de posidonie en forme montre que l’état du milieu est satisfaisant et de bonne qualité
La présence du crénilabre paon, du corb et du mérou notamment, montre que globalement toutes les mesures de gestion portent leurs fruits etc…
corb-projet Ulysse

Banc de corbs avec un sar en première position
Par Arnaud Abadie (Travail personnel)
[CC BY-SA 3.0 (http://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0)],
via Wikimedia Commons

Il est important d’avoir de tels bio-indicateurs pour estimer le degré de réussite du projet.
Et cela permet de décider de nouvelles actions à mener pour aller toujours plus en avant dans la protection des biotopes et biocénoses (les deux éléments composant un écosystème).

 

La concertation clé de la réussite !

Il est révolu le temps du décret irrévocable de l’État pour la création d’une aire marine protégée. Si cela se fait on court tout droit vers une catastrophe sociale et humainement conflictuelle.
Non ! aujourd’hui la solution pour créer un dispositif de protection efficace est la concertation entre tous les acteurs concernés . Et ceci bien en amont de la réalisation effective d’une aire marine protégée.

aires marines protégées-Gestion concertée des activités

Il vaut mieux avoir un consensus avant qu’un conflit après !

C’est aussi la mise en place d’une méthode de pédagogie ou les avantages sont présentés aux futurs acteurs et usagers de la zone protégée. Chacun juge de l’utilité pour son activité de la création de ce dispositif et peut émettre ses doutes, critiques et revendications.

Il vaut mieux avoir un consensus avant qu’un conflit après !

Ainsi et cela est assez remarquable pour être signalé, la création du Parc du Mercantour au dessus de Nice a été le premier projet de parc national, et sa construction fût très longue, justement à cause des nombreuses négociations avec les usagers et les communes. Cela a mis plus d’une vingtaine d’années à aboutir tant les conflits potentiels avaient du mal à trouver un terrain d’entente et d’annulation.

Maintenant il faut discuter avec les autorités locales, les Maires en place, les acteurs tels que les pêcheurs, les professionnels du territoire pour leur montrer en quoi la création de la zone protégée est importante pour eux, et pour l’avenir de leurs enfants.

C’est ici que la phrase de Saint Exupéry prend tout son sens : « On n ‘hérite pas de la terre de ses ancêtres, on l’emprunte à ses enfants ».

La nouvelle réglementation doit être efficace mais pas trop stricte non plus la plupart du temps. Elle appelle les acteurs à être responsables et à entériner cette nouvelle donne.

Mais l’activité de surveillance et de contrôle doit néanmoins être présente pour le respect des engagements. Il est très tentant pour un pêcheur de « mordre » dans la zone très riche en poissons s’il ne se sait pas surveillé. C’est aussi valable pour les autres corps de métier.

Et cette surveillance indispensable coûte cher.

Si lors de la phase de concertation, les uns et les autres n’arrivent pas à trouver de terrain d’entente, il faudra faire appel à un système de subventions en provenance de l’État. Dans le cas le plus favorable tout se passe bien et chacun trouve un nouvel intérêt dans le système de protection mis en place et les subventions ne sont pas nécessaires.

En moyenne la création d’une aire marine protégée dure 10 années et ce fut le cas pour l’île de Bagaud qui est maintenant une réserve intégrale ou l’homme n’a pas le droit de mettre le pied.
Philippe ROBERT qui est à l’origine de cette réserve intégrale insiste sur le fait que rien n’est facile et qu’il faut être persévérant et patient.

Une bonne nouvelle est l‘intégration de l’Agence des Aires marines protégées dans l’Agence française de la Biodiversité
Cette nouvelle alliance « sur le gril » devrait permettre des économies d’échelle mais aussi une plus grande facilité dans les démarches administratives et juridiques ou bien encore de concertation et de compréhension des démarches entre les différents ministères du gouvernement.

Et la communication dans ce processus général ?

Pour terminer cet article, il est important de signaler qu’une bonne communication est un élément clé de la réussite de la création d’une Aire Marine Protégée et de sa gestion.

aires marines protégées- la communication et sensibilisation

Ici le sentier sous marin de Port Cros

La communication interne doit s’articuler avec celle externe.

La communication interne est faite pour montrer aux différents acteurs qui ont participé au processus de concertation que :

  • les gestionnaires sont sur la bonne voie,
  • qu’ils ne se sont pas trompés dans leurs promesses et prévisions
  • que les paramètres mesurés montrent le bon choix des décisions et réglementations prises

Par exemple les études de suivis scientifiques sur la faune de poissons (la faune ichtyologique) sont systématiquement transmises aux prud’homies de pêche ce qui est déontologiquement correct. Et un gage de confiance entre les pêcheurs et les gestionnaires de la réserve.

De même les scientifiques communiquent au siège de l’aire marine protégée les résultats de leur expérimentations et recherches. Ce qui permet une gestion au top des connaissances du territoire émergé ou immergé.
La communication externe passe par la mise en place d’un poste spécifique à plein temps.Il s’agit :

  • de communiquer les bonnes pratiques à l’international en plusieurs langues,
  • de collaborer avec la presse et les autres communicants (sites internet, influenceurs des réseaux sociaux etc…),
  • d’organiser des événements et des conférences,
  • de vulgariser les connaissances acquises, pour le tout public, ce qui demande souvent un savoir faire particulier que n’ont pas toujours les scientifiques,
  • de trouver des médiateurs entre les gestionnaires et le tout public afin d’expliquer certains choix de gestion. C’est le cas pour les banquettes de posidonies laissées telles qu’elles même en été dont le rôle important doit être compris par tous. Il s’agit de la protection du trait de côte et des plages de sable surtout en automne au moment des fortes tempêtes.

Conclusion

A Philippe ROBERT de conclure :

« la connaissance doit aller vers le tout public qui a souvent une image incomplète voire déformée du rôle et des actions des gestionnaires d’une Aire Marine Protégée. Il est important de comprendre, pour le respect de l’environnement de ces aires protégées, les enjeux, les objectifs fixés et les moyens mis en place. »

C’est un juste retour des choses pour la cohorte de personnes qui ont travaillé ou travaillent encore à la préservation de la Nature « sèche ou humide » d’être mis à l’honneur lors de la communication tout public. Cette dernière est aussi et pour finir un gage de la naissance de passions pour les jeunes générations, parmi lesquelles se trouvent déjà les décideurs de demain !

 

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