projet Ulysse-Biolit

Les sciences participatives entrent en jeu avec Biolit!

Interview du Dr Laurent DEBAS
Docteur en Océanologie
Initiateur du programme BioLit
(http://www.biolit.fr
et http://www.marinschercheurs.org/)

Introduction

En parallèle des suivis réalisés par des scientifiques, des programmes dits de « science participative » se développent et ont un double rôle :

  1.  collecter des données, dont certaines, si elles sont acquises selon un protocole défini et encadré pourront alimenter les connaissances des scientifiques avec un retour synergique
  2.  et par ce moyen original, sensibiliser le grand public.

Projet Ulysse- apprendre à reconnaitre les espèces

Observations des espèces du bord de mer avec BioLit © Planète Mer

Quid des Sciences participatives en France et ailleurs ?

« Les anglo-saxons sont en avance sur le reste de l’Europe » nous explique Laurent DEBAS. « La culture et la sensibilité de ces derniers est différente de celle des français entre autres où le premier programme de science participative nommé STOC, pour « Suivi Temporel des Oiseaux Communs » a commencé en 1989 . Il s’agit dans ce programme d’identifier des éléments relatifs aux oiseaux sur le territoire français et le maillage des observateurs n’a cessé de croître depuis 27 années déjà !

Depuis les choses ont évolué et d’assez nombreux programmes se sont mis en place rien qu’en France puis c’est du côté du Littoral et des mers et océans, que ces dispositifs de collecte faisant intervenir le tout public se sont développés. Cette modalité scientifique est très jeune en France. Elle ne date que d’une dizaine d’années ce qui est très récent pour ce type de système faisant intervenir une population non scientifique. Pour le succès de tels programmes, il faut être patient et déterminé car plusieurs années sont nécessaires pour juger de la validité d’un protocole et des résultats obtenus.

Le principe est en somme assez simple : un site Internet fédérateur récupère les données obtenues par le tout public détenteur d’un smartphone qui permet la prise d’une photo et le géo-référencement. Le tout est traité et transmis à des instances scientifiques comme le Museum Museum National d’Histoire naturelle.


Explications autour d’outils pédagogiques © Planète Mer   Biolit

Relations avec les scientifiques

Les scientifiques sont parfois très intéressés par les résultats obtenus par cette nouvelle modalité d’observation du Littoral et de la Mer, parfois plus sceptiques mais pour Laurent DEBAS dont la formation scientifique est effective, « il n’y a pas photo ».

Les sciences participatives marchent et sont utiles à la fois aux scientifiques avec lesquels des échanges ont lieu régulièrement : apparition de nouvelles problématiques à surveiller, retour des observations faites par les Sciences participatives, voire participation directe des Universités en organisant des sorties terrain.

La démarche a un impact indéniable sur le tout public pour qui cette dernière les implique et les amène à s’intéresser davantage aux milieux naturels qu’ils côtoient, à mieux les connaître et in fine à les respecter et les protéger.
La connaissance des problématiques émerge aussi parfois d’associations en lien étroit avec le terrain ou des gestionnaires de la Mer et du Littoral par exemple.

 

Zoom sur le Programme BioLit sur les façades littorales de la France métropolitaine

En tout ce sont six grandes « Actions » qui ont été mises en place, dont trois plus particulièrement susceptibles d’intéresser les plongeurs en Palme-Masque et Tuba (PMT)  voire les plongeurs en scaphandre autonome.
La première thématique a été lancée en janvier 2010 avec une surveillance des algues brunes et des bigorneaux. Puis d’autres thématiques ont rapidement suivi dès avril 2014 :

Algues brunes et bigorneaux :
« Découvrez sur les côtes rocheuses, à cet endroit où la mer monte et se retire, les algues brunes et leurs habitants : un monde extraordinaire qui subit bien des pressions. Est-il en danger ? »

À vos observations !
A travers vos balades ou vos plongées, racontez-nous la biodiversité de votre littoral. Avec votre appareil photo, soyez le témoin des trésors biologiques de bord de mer.

Les Nouveaux Arrivants :
« Accidentellement » introduites sur nos côtes, certaines espèces peuvent proliférer et perturber la vie du littoral et de la zone côtière, d’autres non. A suivre de très près donc. Focus sur ces nouveaux arrivants !

Les Saisons de la Mer :
Il existe aussi des Saisons en Mer. Révélées à partir d’indices déposés par les vagues sur le littoral, seraient-elles aussi affectées par le changement climatique ?

Chlorophylle-Mania :
Partez à la découverte des espèces protégées, des espèces caractéristiques de vos sentiers littoraux. Mélange de parfums, de couleurs, et de formes, la végétation façonne le paysage et évolue au fil du temps. Suivons la répartition de la végétation (rase) du littoral.

Attention, menace ?
Vous aimez votre littoral et la zone aquatique associée? De toutes les activités, les événements qui s’y produisent, qu’est ce qui représente, selon vous, une véritable menace ? C’est VOTRE REGARD qui nous intéresse. Prenez une photo et dites-nous en quelques mots ce qui, de votre point de vue, pourrait mettre en danger la biodiversité du littoral terrestre et marin.

En outre, Planète Mer développe un autre programme de sciences participatives :

Marins Chercheurs
Le projet « Marins chercheurs » a pour vocation de valoriser le savoir des pêcheurs de loisirs. Pour cela, il propose 2 outils accessibles depuis le site internet www.marinschercheurs.org. Un carnet de capture en ligne, strictement confidentiel qui permet à chacun d’enregistrer et de suivre au long des mois et des années l’évolution de ses propres captures. Il propose en outre des enquêtes qui permettent de mieux comprendre et valoriser la perception que les pêcheurs ont de leur milieu, de l’état de santé des ressources qu’ils pêchent, des menaces qu’ils identifient.

Projet Ulysse- Biolit en action

Le programme Marins Chercheurs de Planète Mer- ©  Biolit

La première enquête menée concerne le bar européen (Dicentrarchus labrax) ou loup (en Méditerranée) dont la situation en Atlantique est considérée comme très préoccupante et fait d’ailleurs l’objet de restrictions imposées depuis peu par la Commission européenne. Collecter l’analyse des pêcheurs de loisir sur ces questions apporte une vision complémentaire à celle apportée par la pêche professionnelle. C’est tout l’intérêt de ce type d’approche que Marins Chercheurs, porté par Planète Mer, essaie de promouvoir afin, à terme d’avoir une vision la plus complète possible sur un sujet, une thématique, voire une polémique particulière.

Depuis que BioLit a démarré sur la façade méditerranéenne, l’équipe compte désormais une animatrice à temps plein sur la Méditerranée, comme c’est déjà le cas en Atlantique. Même si les choses avancent déjà bien il faut continuer les efforts en sensibilisant et formant des personnes issues des associations et des Universités du littoral entre autres.
La recherche de sociétés ou d’entreprises voulant s’impliquer en tant que mécène ou plus directement en participant à des campagnes terrain est une volonté assez forte pour BioLit. Le nerf de la Guerre est le financement de ces campagnes terrain et les sponsors seront toujours les bienvenus.

L’organisation des sciences participatives en France

IL existe en France un comité national des sciences participatives et de la Biodiversité (CNSPB) dont le rôle est de promouvoir les sciences participatives en France. Ce comité est co-animé par la Fondation Nicolas Hulot et l’Union Nationale des CPIE (Centres permanents d’initiatives pour l’Environnement).

Par ailleurs, le Muséum national d’Histoire naturelle développe un vaste programme intitulé 65 Millions d’observateurs qui est subdivisé en quatre grands types d’observatoires thématiques.

  • « Vigie terrestre » pour le suivi des oiseaux par exemple
  • « Vigie Ciel » pour le comptage des météorites.. et oui !
  • « Vigie Écoles » avec une convention Comité-Education nationale
  • Et enfin « Vigie Mer » qui englobe le programme BioLit entre autres…

Comment participer à une ou plusieurs thématiques de BioLit ?

C’est très simple ! Il suffit de réaliser une observation sur le littoral, à Terre ou en Mer, d’enregistrer grâce à son smartphone les coordonnées géographiques et de prendre une photo puis de tout envoyer vers le site Internet de BioLit, deux années déjà d’existence pour ce magnifique site!

projet Ulysse -Biolit
Les algues brunes du Littoral © Planète Mer Biolit

Quel est le futur de BioLit ?

Laurent DEBAS nous explique que la création d’une application smartphone dédiée à BioLit est un des enjeux les plus urgents qui permettrait de gagner de nombreuses observations qui sont perdues car le processus d’acquisition de données est encore trop lourd ou fastidieux.
Puis impliquer de nouveaux acteurs associatifs en particulier du monde marin comme ce fût le cas avec le Réseau Mer PACA (www.reseaumer.org) et quelques 70 autres acteurs et entités en relation avec la Mer et le Littoral français.
L’autre défi est encore de convaincre et de former d’autres organismes scientifiques pouvant réaliser des sorties terrain et alimenter les banques de données.

Ces dernières sont stockées dans des bases de données accessibles en ligne ou gérées par le MNHN (Museum national d’Histoire naturelle). Le programme BioLit en particulier a accumulé des milliers d’observations dont les photos des 2000 dernières sont en accès libre sur le site de Biolit:

Ces types d’observation ont permis il y a peu de temps de confirmer la présence d’un crabe potentiellement envahissant, le Percnon gibbesi ou Sally-pied-léger, connu aussi sous le nom de « crabe plat des oursins ».
« De même », nous dit Laurent DEBAS, « des personnes ont pu observer un phoque mort et échoué qui aurait été victime de cannibalisme, ce qui a intéressé fortement les scientifiques ».

La communication

Elle est, avec les ressources financières, la base de tout.
Le site Internet BioLit ouvert en 2014 en Atlantique, Manche et Mer du Nord et en Méditerranée est le lien névralgique de toute l’organisation. On ne peut que vous conseiller d’y faire un petit tour ce qui vous incitera, nous l’espérons, à participer à une au moins des thématiques proposées.

Conclusion

« Le but final des sciences participatives est d’apporter des éléments utiles à la science en impliquant le plus grand nombre de personnes pour leur éducation et sensibilisation à l’Environnement » (Laurent DEBAS). Les membres de la FFESSM et les abonnés à Subaqua qui participent déjà à d’autres initiatives du même genre sont les bienvenus dans ce programme qui vise la surveillance de la zone littorale et marine en Méditerranée, Atlantique, Manche et Mer du Nord. Pour une protection effective et efficace dans un futur proche de notre Littoral et mers ou océans !

Il en est de même et même avant tout de BioObs et DORIS !

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