aires marines protégées-problématique et objectifs

Problématique et Objectifs d’une Aire Marine protégée

Article n°2/3

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Interview de Philippe ROBERT

Actuellement : Consultant international / philmer83@gmail.com

Relecture et illustrations : Philippe ROBERT et le Parc National de Port Cros


SOMMAIRE

La problématique
Les objectifs des Aires Marines Protégées
Problèmes à résoudre (sociaux, opérationnels etc…)
Les avantages (effet réserve et effet cascade )


A RETENIR

  • Toute la difficulté dans une aire protégée différente des réserves intégrales et de droit commun, est de concilier les aspects environnementaux et de conservation de la biodiversité avec le développement économique et social des acteurs présents sur le terrain.
  • Une Aire Marine Protégée peut avoir des effets bénéfiques bien au delà de sa zone de délimitation. En particulier avec les effets « réserve » et « cascade »
  • Lors de la création d’une Aire Marine Protégée, la concertation bien en amont est obligatoire pour le succès de l’initiative. La gestion d’une Aire Marine Protégée coûte cher mais a des retombées économiques fortes sur les acteurs professionnels (hôtels et gastronomie, plongée, pêche au delà des frontières de l’aire etc…)
  • Les bénéfices sur l’environnement et la biodiversité des Aires Marines Protégées : connaître l’effet réserve et l’effet cascade

La problématique liée aux Aires marines protégées

La problématique provient de deux objectifs qui peuvent sembler à priori opposés. Et qui le sont parfois.

D’un côté il s’agit de stabiliser voire d’augmenter la biodiversité en réduisant les impacts dus à l’homme et à ses activités. D’un autre il s’agit de conserver les usages humains en les confinant dans un cadre restrictif régulièrement pour qu’ils ne soient pas délétères pour l’environnement.

Il est bien fini le temps où l’on décrétait d’emblée par décision étatique la création d’une zone protégée. Cela est encore parfois le cas pour les réserves intégrales par exemple. Après des démarches administratives néanmoins longues et fastidieuses.
Ainsi, nous explique Philippe ROBERT, le dossier de mise en réserve intégrale de Bagaud , une île à côté de Port Cros dans le Sud de la France et faisant partie de la commune de Hyères près de Toulon, a du cheminer pendant 10 années à travers divers ministères pour être acceptée.
Et c’est le classement en aire marine protégée de Port Cros dans les années 60 qui a précipité le tout. La création d’une Aires Marines Protégées est donc un travail long et nécessitant une solide persévérance et des compétences avérées .

aires marines protégées-problématique et objectifs

Mérou mâle vu de face dans le Parc national de Port Cros. Les populations sont en train d’augmenter.

Il est plus facile de créer une réserve intégrale ou un parc marin car les contraintes liées aux objectifs de conservation et de maintien des usages sont faciles à gérer.
Pour la réserve intégrale, aucune présence humaine à terre ou en mer n’est autorisée excepté pour les scientifiques après obtention d’une autorisation.
Pour le parc marin, c’est le droit commun qui s’applique, c’est à dire les lois courantes applicables sans service de surveillance et de sécurité. Rien n’est à créer dans le domaine juridique ou réglementaire.
C’est ainsi le cas de la réserve marine de la côte bleue où les lois applicables traditionnellement sont de mise : pêche, plaisance, activités nautiques etc…
Toute la difficulté dans une aire protégée différente des deux modèles précédents est de concilier les aspects environnementaux et de conservation de la biodiversité avec le développement économique et social des acteurs présents sur le terrain.

Les objectifs à atteindre pour les Aires marines protégées

Dans le cas le plus complexe d’un parc national marin comme celui de Port Cros, il s’agit en premier lieu de protéger les espèces, les écosystèmes et les paysages. Tout en réglementant pour une gestion durable les usages des hommes. Et faire accepter à ces derniers les nouvelles contraintes en mettant en avant les avantages procurés.
« La biodiversité est la diversité du vivant. On peut parler des gênes, des molécules produites par les cellules pour le métabolisme (c’est à dire le métabolome), la diversité des espèces, et des biotopes (les caractéristiques physiques et chimiques des écosystèmes) et biocénoses (ensemble des êtres vivants habitant le biotope) qui constituent les deux éléments des écosystèmes. Et finalement l’assemblage des écosystèmes qui forme les paysages marins ou terrestres. »

La protection peut être locale comme avec un « arrêté de biotope » qui protège une espèce ou un habitat entre autres, régionale comme c’est le cas du pourtour de la Méditerranée ou internationale car l’Aires Marines Protégées en question a des répercussions positives pour les espèces d’un nombre important de pays.

Citons par exemple la protection de l’Antarctique. Cette dernière profite à de nombreux pays car c’est une zone de nourrissage de nombreux cétacés, en particulier les mammifères marins que sont les baleines et les dauphins. Ces derniers trouvent ici leur garde manger pour une partie de l’année. L’enjeu est donc international car les mammifères marins partagent les mers de plusieurs pays proches du pôle sud et le pourtour de l’Antarctique.

« Les cétacés sont classés en deux groupe selon qu’ils se nourrissent de krill par filtration des fanons ou selon la présence de dents, on appelle ces derniers les odontocètes par opposition au mysticètes »

Plus proche de chez nous, au sud de la Corse, se trouve l’Aire Marine Protégée des Îles Lavezzi qui devrait par jumelage avec l’aire protégée du nord de la Sardaigne devenir une réserve internationale en particulier pour les oiseaux.
En effet cette initiative franco-italienne permettra à de nombreuses espèces d’oiseaux de mieux se reproduire dont certaines sont en voie de raréfaction. On peut citer le goéland d’Audoin, le puffin cendré et le puffin Yelkouan.

Beaucoup de ces espèces ont un comportement migratoire et volent vers l’Afrique, d’autres pays de la Méditerranée comme la Grèce, la Turquie. Cette migration est saisonnière et les aires de repos et de nourrissage doivent être impérativement protégés et exclues des pressions anthropiques (dues à l’homme).aires marines protégées

Problèmes lors de la création d’une Aire Marine Protégée

Lors de la décision de création d’une aire marine protégée, deux types de problèmes à résoudre pointent le bout de leur nez :

  • les problèmes d’acceptation sociale de la création de l’aire
  • et les mesures à mettre en place pour faire respecter la nouvelle réglementation telles que les dispositifs de surveillance des délits par non respect de la loi (l’aspect opérationnel)

Pour la première catégorie, il faut s’y prendre bien avant la création de l’aire protégée : réunions avec les acteurs tels que les pêcheurs, les plongeurs, les chasseurs en apnée, les amateurs de loisirs nautiques etc…

Dans ce cas et en ce qui concerne les pêcheurs par exemple, soit ces derniers comprennent l’intérêt du dispositif et sont convaincus de la stabilité de leurs prochains revenus (plus de poissons de valeur commerciale importante à la lisière de l’Aire Marine Protégée). Et ils acceptent la nouvelle réglementation. Soit la pédagogie n’est pas suffisante ou sans effet très notoire et il faut alors prévoir des subventions fournies par l’État.

La pédagogie va aussi plus loin ; Il faut apprendre aux pêcheurs par exemple comment pêcher avec les nouvelles restrictions : mailles des filets plus larges, filets plus petits souvent, les zones permises pour la pêche, l’utilisation d’outils plus perfectionnés pour la capture des poissons, etc…

L’écotourisme n’est pas suffisant pour compenser ces sommes versées. Il profite surtout aux restaurants, hôtels, club de plongée, animateurs de sentiers botaniques et marins etc…A l’économie en fait. En effet pour le Parc national de Port Cros, ce sont plus de 80 personnes qui travaillent en permanence. Le budget à prévoir est conséquent. Et il comprend en plus des salaires, la location et l’entretien des logements, les bateaux de surveillance, l’essence, les frais d ‘étude et de recherche scientifiques, la communication…

A noter qu’une Aire Marine Protégée doit impérativement être gérée et créée par un ou plusieurs responsables mandatés par l’État car si une commune s’engage dans une telle aventure, un simple changement de Maire peut tout remettre en question. La décision et le travail doivent être faits sous tutelle de l’État français.

Le deuxième problème est la lutte contre le non respect des directives consenties. Mais cela relève plutôt d’une organisation comme la surveillance des activités afin qu’elles restent dans le cadre des nouvelles règles acceptées par tous.
Il faut lutter contre la fraude !

Et pour cela organiser un système de surveillance efficace et peu coûteux si possible .
On pensera plus particulièrement aux pêcheurs susceptibles de travailler en zone non autorisée mais aussi aux plaisanciers qui peuvent mouiller sur l’herbier de posidonie ce qui est interdit car cette plante à fleurs sous-marine est protégée et nécessaire au fonctionnement de nombreux autres écosystèmes marins. Et les ancres des bateaux abîment beaucoup les fonds en creusant des sillons dans les mattes vivantes « PHOTO » (les formations biologqiues créées par cette plante qui ne croit en hauteur que de 3 cm par année seulement).

Bénéfices des Aires Marines Protégées

aires-marines protégées, effets "cascade" et "réserve"

Les effets bénéfiques d’une aire marine protégée: effets « cascade » et « réserve »

On peut compter deux sortes de bénéfices:
Les bénéfices dus à l’effet réserve et ceux résultant de l’effet cascade

L’effet réserve : 

On constate une augmentation de la taille des individus et du nombre des espèces avant peu représentées. Celles qui étaient communes avant continuent de l’être mais la biomasse générale augmente.
Cet effet s’applique en particulier aux espèces à forte valeur commerciale. Les pêcheurs en lisière des zones protégées en bénéficient. On estime que 20 % des stocks de poissons de l’aire marine sont exportés naturellement par migration des poissons et sont alors susceptibles d’être capturés par les pêcheurs.
La biodiversité totale n’augmente pas mais chaque espèce est mieux représentée. La biomasse par espèce augmente et la biomasse totale en fait de même.

Les individus pélagiques ou benthiques (qui vivent sur le fond) sont plus gros. Leur comportement vis à vis de l’homme change aussi. Ils n’ont plus l’instinct de fuite car ils ne considèrent pas l’homme comme un prédateur potentiel. On dit que leur comportement est « non fuyant ».
Des indicateurs existent qui prouvent cet effet.

crenilabre paon-projet UlysseCrénilabre paon

On peut citer le Crénilabre paon (PHOTO) dont les effectifs croissent largement lorsque la réserve est bien protégée de la pêche professionnelle, amateur à partir d’un bateau et en apnée car c’est un des poissons le plus facile à rencontrer et à pêcher. Il est présent dans plusieurs types écosystèmes comme l’herbier de Posidonies, les petits fonds rocheux etc…
Si l’effet réserve fonctionne bien, on peut constater une nette augmentation de ses effectifs.

 

Mais d’autres indicateurs existent et sont spécifiques d’une pression anthropique particulière.
On citera la Grande Nacre qui est présente uniquement sur les zones sans utilisation des ancres des bateaux ou avec une plaisance aménagée qui propose des bouées d’amarrage déjà mises en place et donc préservant les écosystèmes de l’impact des ancres. Quand des ancres sont utilisées sur l’herbier, les grandes nacres (Pinna nobilis ) sont cassées et disparaissent de la zone.

Un indicateur sans doute le plus important est l’herbier de Posidonie qui intègre un nombre important de pressions engendrées par l’homme :

  • plaisance non durable par les ancres et les chaînes qui raclent (raguent) le fond
  • pollutions de l’eau de mer
  • pêche intensive par le chalutage . Lorsque ce chalutage a lieu sur l’herbier de Posidonies il peut entraîner des effets délétères surtout si l’herbier est en mauvaise santé. Un réseau de balises existe en Méditerranée française pour suivre la progression ou régression de cet écosystème clé. Une régression indique la présence de pressions anthropiques fortes qu’il serait bien de mieux gérer. Une progression indique un bon état écologique des masses d’eau !

Toutes ces données et connaissances sont le fruit du travail des scientifiques qui voient dans les aires marines protégées un terrain très favorable pour étudier l’écologie et la biologie des espèces et le fonctionnement des écosystèmes.

Les AMPs sont un laboratoire naturel de grand intérêt et une école pour les novices qui permet de sensibiliser le tout public à la valeur importante de zones marines exemptes de pressions anthropiques.

Philippe ROBERT considère les Aires Marines Protégées comme à la fois des cathédrales, des banques, des laboratoires et des écoles ayant quatre fonctions :

  • maintien de la biodiversité et du capital biologique
  • Espace où le comportement doit être différent et en tous cas plus respectueux
  • laboratoire d’étude des phénomènes du vivant, pour développer des méthodes de gestion qui font le tour du monde une fois validées
  • école pour le tout public afin de découvrir le milieu naturel et le respecter

 

L’effet cascade

C’est le fait de retrouver une biomasse d’espèces vagiles (qui peuvent migrer) hors de la zone protégée. Les poissons mobiles ayant une vessie natatoire pour les maintenir en suspension dans l’eau nagent hors de l’aire marine protégée. Les larves et les œufs sont également exportés dans les secteurs voisins.
L’effet cascade c’est aussi une augmentation des espèces même sessiles (qui ne migrent pas) loin de l’aire protégée. Ceci est permis par l’exportation d’êtres vivants sous différentes formes et degrés de développement .
On retrouve en particulier des poissons de haute valeur commerciale hors de la réserve marine.
Les autres espèces comme les mollusques, crustacés etc… sont transportés sous forme larvaire ou sous forme d’œufs grâce aux courants. Ce plancton vivant peut ensemencer et coloniser des zones parfois éloignées de leur lieu de production.

 

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